Pourquoi le géant américain Ford s'attire les foudres de l'administration Trump
La Maison-Blanche estime que l'entreprise américaine se rapproche dangereusement de la Chine et de certaines entreprises chinoises.

- Publié le 09-09-2026 à 15h04
- Mis à jour le 09-09-2026 à 16h32

L'administration de Donald Trump n'a visiblement plus tout à fait confiance en ses propres industries. Au risque, même, de s'attirer les foudres de leurs dirigeants. Dans une lettre signée par le département des Transports des États-Unis (DOT), Sean P. Duffy, le secrétaire américain aux Transports s'en prend directement à l'entreprise automobile Ford.
Le département américain n'y va pas de main morte. "Les récentes décisions stratégiques de la société dressent un tableau préoccupant, celui d'une marque américaine qui associe activement son avenir à des entreprises chinoises soutenues par l'État". Sean P. Duffy estime ainsi que Ford a recours "à des compétences techniques et un savoir-faire opérationnel chinois importé".
Une situation qui, selon le secrétaire aux Transports, remet en question "l'esprit des politiques américaines en matière de sécurité nationale et économique".
Une usine du Michigan dans le viseur
Ce que l'administration de Trump critique particulièrement, ce sont les liens noués par Ford avec plusieurs acteurs chinois, à commencer par le géant des batteries CATL. Dans les faits, Ford a en effet conclu un accord avec CATL pour aider dans le développement d'un parc de batteries dans le Michigan. Ford y exploite certaines technologies chinoises pour produire un certain type de batteries.
Le secrétaire affirme par ailleurs que le CEO de Ford, Jim Farley, aurait proposé lors d'un salon automobile plus tôt cette année un cadre "pour faciliter les coentreprises chinoises sur le sol américain". Inacceptable, évidemment, pour l'administration Trump. "Cela crée une dépendance à l'égard de la fabrication chinoise qui, sur plusieurs années, est inacceptable", estime désormais le département.
"La lettre est une tentative maladroite de faire les gros titre"
Des propos sur BYD qui interrogent
Les liens avec l'entreprise chinoise de voitures électriques BYD ont également été soulevés par la Maison-Blanche. En avril dernier, Ford traversait en effet une période compliquée et n'avait pas hésité à présenter BYD comme l'un des acteurs les plus importants du secteur. "Je n'ai rien contre Tesla, ils se débrouillent très bien, mais ils n'ont vraiment pas de modèle récent. Pour nous, le meilleur acteur du secteur, tant en termes de coûts que de concurrence, de chaîne d'approvisionnement, d'expertise en fabrication et de propriété intellectuelle dans le domaine automobile, c'est vraiment BYD", affirmait alors le dirigeant de Ford, relayé par le média spécialisé Frandroid.
Des prises de position qui sont, pour Sean P. Duffy, particulièrement préoccupantes. Le secrétaire aux Transports a ainsi appelé Jim Farley à "réfléchir à ces préoccupations et aux nécessités nationales" et à "privilégier les travailleurs américains, utiliser les chaînes d'approvisionnement alliées et promouvoir l'autonomie et l'intégrité de l'industrie automobile nationale".
"Une tentative maladroite de faire les gros titres"
Ces accusations n'ont pas manqué de faire réagir Ford, même si l'entreprise reste prudente. Dans un communiqué adressé directement au département, Ford l'affirme : "La lettre du secrétaire est une tentative maladroite de faire les gros titres".
Pour autant, l'entreprise tient à rappeler son attachement aux États-Unis. "Ford est le constructeur automobile le plus américain", est-il écrit dans le communiqué. Le groupe affirme également n'avoir jamais proposé de cadre destiné à faciliter les coentreprises chinoises aux États-Unis.
Malgré cette réponse ferme, Ford temporise et cherche à éviter une confrontation ouverte avec l'administration Trump. Le constructeur automobile "le plus américain" conclut ainsi en affirmant qu'il "soutient la vision de l'administration Trump visant à promouvoir l'innovation et l'industrie américaine". Business is business.
